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IA et RH : et si c’était la revanche des soft skills ?

Publié: 10 août 2026

TELUS Health

Équipe Marketing France

L’intelligence artificielle est souvent abordée à travers le prisme de la menace : disparition des emplois, obsolescence des compétences, perte de contrôle ou déshumanisation du travail.

Pourtant, une autre lecture est possible. Et si l’IA, loin de réduire la place de l’humain, nous obligeait au contraire à mieux reconnaître ce qui fait sa singularité ?

C’est l’une des convictions fortes partagées par Jacques Adoue, EVP Human Resources & CSR d’Edenred, lors de la conférence « IA et RH : des raisons d’être optimistes ? », organisée le 9 juillet 2026 chez TELUS Health.

À mesure que les compétences techniques deviennent plus accessibles et que certaines tâches s’automatisent, les qualités profondément humaines pourraient devenir les véritables facteurs de différenciation. Autrement dit, l’IA pourrait bien consacrer la revanche des soft skills.

L’IA transforme le travail, mais ne fait pas disparaître les besoins

L’histoire économique est jalonnée de ruptures technologiques qui, chacune à leur époque, ont fait naître des inquiétudes similaires.

La machine à vapeur, l’électricité, l’informatique ou encore internet ont profondément transformé les métiers et les organisations. Certains produits et certaines activités ont disparu, tandis que de nouveaux usages, de nouveaux marchés et de nouvelles professions se sont développés.

Internet a ainsi contribué à faire disparaître le CD, mais pas la musique. Il a transformé sa production, sa distribution et sa consommation, sans supprimer le besoin auquel elle répondait.

L’intelligence artificielle pourrait suivre une trajectoire comparable. Elle ne signifie pas nécessairement la fin du travail, mais une transformation rapide de son contenu, de sa répartition et de sa valeur.

Cette transformation peut être envisagée à travers quatre catégories d’emplois et d’activités :

  • les activités substituées, lorsque l’IA peut accomplir directement une tâche jusqu’alors réalisée par une personne
  • les activités accélérées, lorsque l’outil permet de travailler plus rapidement
  • les activités augmentées, lorsque l’IA libère du temps et améliore la capacité d’analyse ou de décision
  • les activités créées, correspondant à des métiers et à des besoins qui n’existent pas encore

Pour les organisations, la question n’est donc plus seulement de savoir quels emplois pourraient disparaître. Elle est surtout de déterminer comment chaque métier va évoluer, quelles tâches seront automatisées et quelles compétences devront être renforcées.

Une rupture technologique qui touche directement les “cols blancs”

L’une des particularités de l’intelligence artificielle réside dans les populations professionnelles qu’elle concerne.

Contrairement aux précédentes révolutions industrielles, qui ont d’abord transformé le travail manuel et les métiers de production, l’IA touche directement les activités du type : analyse, rédaction, recherche, programmation, marketing, finance, conseil ou gestion des ressources humaines.

Les cols blancs sont désormais au cœur de la transformation.

Cette évolution peut générer un sentiment de vulnérabilité chez des professionnels dont l’expertise reposait jusqu’à présent sur la maîtrise d’un savoir technique ou sur leur capacité à produire rapidement une information complexe.

Lorsque l’IA est capable de synthétiser des documents, de générer une première analyse ou de produire un contenu en quelques secondes, la valeur professionnelle ne réside plus uniquement dans la production elle-même.

Elle se déplace vers la capacité à poser les bonnes questions, à interpréter les résultats, à exercer son jugement et à inscrire les réponses dans un contexte humain, stratégique et organisationnel.

La réponse à un autre défi majeur : la décroissance démographique

Cette révolution technologique intervient par ailleurs dans un contexte démographique inédit.

Dans de nombreux pays, le vieillissement de la population et la baisse de la natalité vont progressivement réduire la quantité de main-d’œuvre disponible. Certaines organisations rencontrent déjà des difficultés à recruter sur des métiers essentiels ou à conserver les compétences nécessaires à leur activité.

Dans ce contexte, l’IA ne doit pas uniquement être envisagée comme une technologie qui remplace des emplois. Elle peut également devenir un moyen de compenser une partie de la pénurie de compétences et de ressources humaines.

Elle peut prendre en charge certaines activités répétitives, améliorer la productivité et permettre aux collaborateurs de se concentrer sur les tâches pour lesquelles leur contribution est réellement indispensable.

Cette perspective suppose néanmoins une adaptation massive. D’après les données partagées lors de la conférence, 60 % des emplois devront faire évoluer leurs compétences d’ici à 2030.

Le principal risque ne serait donc pas nécessairement la disparition du travail, mais l’écart qui pourrait se creuser entre la vitesse de transformation des métiers et la capacité des organisations à accompagner leurs collaborateurs.

Quand la technique s’automatise, l’humain devient différenciant

Plus les compétences techniques sont automatisées ou assistées par l’intelligence artificielle, plus les compétences humaines prennent de la valeur.

La maîtrise d’un outil ou d’une expertise ne disparaît pas. Mais elle ne suffit plus à garantir la pertinence d’une décision, la qualité d’une relation ou la mobilisation d’un collectif.

Dans un environnement où chacun peut accéder rapidement à une quantité considérable d’informations, la différence se fera notamment sur la capacité à :

  • exercer son esprit critique
  • prendre des décisions dans l’incertitude
  • comprendre les émotions et les motivations d’autrui
  • coopérer avec des profils différents
  • communiquer avec clarté
  • faire preuve de créativité
  • créer de la confiance
  • accompagner le changement
  • assumer une responsabilité et un jugement éthique

Ces qualités sont parfois qualifiées de « soft », comme si elles étaient secondaires ou moins exigeantes que les compétences techniques. Elles sont pourtant parmi les plus complexes à développer, à observer et à reproduire.

Une intelligence artificielle peut proposer des scénarios. Elle ne porte pas la responsabilité de la décision.

Elle peut analyser les mots employés au cours d’un échange. Elle ne construit pas, à elle seule, une relation de confiance.

Elle peut produire un plan de transformation. Elle ne crée ni l’adhésion ni le courage nécessaires pour le mettre en œuvre.

C’est en cela que l’IA pourrait devenir la revanche des soft skills : elle rend plus visible la valeur de tout ce que la technologie ne peut pas pleinement remplacer.

Les RH face à une transformation de leur propre modèle

Pour les directions des ressources humaines, cette évolution représente un double défi.

Elles doivent accompagner la transformation de l’ensemble des métiers tout en interrogeant leurs propres pratiques.

Les modèles traditionnels de gestion des compétences reposent encore souvent sur des référentiels de métiers relativement stables. Or l’IA fait évoluer les tâches plus rapidement que les intitulés de poste. Une même fonction pourra combiner, demain, des activités automatisées, des missions augmentées par l’IA et des responsabilités profondément humaines.

Les RH devront ainsi raisonner de plus en plus en compétences et en activités, plutôt qu’en postes figés.

Les critères d’évaluation et de développement devront eux aussi évoluer. Le potentiel d’un collaborateur ne pourra plus être apprécié uniquement à partir de son niveau d’expertise technique ou de ses résultats passés.

La curiosité, la capacité d’apprentissage, l’adaptabilité, la coopération, la qualité du discernement et l’attitude face au changement devraient occuper une place croissante dans les People Reviews et les décisions de mobilité.

Cette transformation implique également un investissement majeur dans la formation. Il ne s’agit pas uniquement d’apprendre aux collaborateurs à utiliser de nouveaux outils, mais de les aider à comprendre leurs limites, à remettre en question leurs résultats et à développer les compétences complémentaires qui renforceront leur valeur.

Anticiper la disruption plutôt que la subir

L’attentisme représente probablement l’un des principaux dangers pour les organisations.

L’intelligence artificielle ne peut pas être traitée comme une simple expérimentation technologique confiée à quelques experts. Elle doit devenir un projet de transformation transverse, soutenu par la direction et doté de moyens réels.

Cela suppose de définir une vision, de sélectionner des cas d’usage utiles et de créer les conditions d’une appropriation collective.

Les entreprises devront également accepter de confronter leurs habitudes. Les organisations les plus fragilisées par les précédentes ruptures numériques n’étaient pas toujours les moins performantes. Elles étaient souvent celles qui avaient cherché à protéger trop longtemps un modèle existant, au lieu d’imaginer celui qui allait lui succéder.

L’enjeu est donc de préserver l’expérience et les savoir-faire sans laisser la nostalgie devenir un frein à la transformation.

Cultiver un optimisme lucide

Adopter une approche optimiste ne signifie pas ignorer les risques. Le développement de l’intelligence artificielle soulève des questions majeures concernant la concentration du pouvoir entre quelques acteurs technologiques, les libertés publiques, la désinformation, la reconnaissance faciale ou encore la consommation énergétique.

Ces risques nécessitent des règles, une gouvernance et une réflexion éthique à la hauteur des transformations engagées, mais ils ne doivent pas conduire à l’immobilisme.

L’intelligence artificielle ouvre une nouvelle ère dans laquelle les organisations pourront accélérer leur capacité d’innovation, résoudre des problèmes complexes et alléger certaines tâches à faible valeur ajoutée.

La réussite de cette transformation ne dépendra toutefois pas uniquement de la puissance des technologies choisies. Elle reposera surtout sur la manière dont les femmes et les hommes sauront les utiliser, les questionner et les mettre au service d’un projet collectif.

La question décisive n’est donc peut-être pas de savoir ce que l’IA fera à notre place, mais de savoir ce que nous choisirons de faire de plus humain grâce au temps, aux possibilités et aux responsabilités qu’elle nous donnera.

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