Une récente étude de l’Institut National des Etudes Démographiques (INED) a mis en lumière qu’en France, les descendant·es d’immigré·es d’Afrique présentent 2 fois plus de troubles anxieux généralisés que la population générale (11% contre 6%), et que la moitié de ces troubles anxieux viennent de la discrimination au travail. Ces chiffres éloquents nous permettent, en cette Journée Mondiale de la Santé Mentale, de reposer les enjeux de santé mentale dans la prévention et lutte contre les discriminations au travail.
L’impact délétère des discriminations sur la santé mentale
Au-delà des enjeux juridiques et organisationnels de la prévention des discriminations, notamment au travail, il est important de rappeler l’impact humain que celles-ci peuvent avoir. Depuis plusieurs années, de nombreuses recherches scientifiques en santé ont pu démontrer l’impact délétère de la discrimination sur la santé, notamment mentale, des individus.
Les conséquences neurologiques et psychologiques du sexisme
A titre d’exemple, saviez-vous que le sexisme pouvait « amincir » certaines parties du cerveau ? C’est ce qu’ont pu montrer les chercheurs et chercheuses Zugman et al. (2023) à travers l’analyse de plus de 7800 scanners cérébraux dans 29 pays. Il a été relevé que les femmes vivant dans des pays où les inégalités entre les sexes sont plus marquées présentaient une épaisseur corticale plus fine dans les régions du cerveau associées au contrôle émotionnel, à la résilience et aux troubles liés au stress, tels que la dépression et le syndrome de stress post-traumatique. Cet « amincissement » du cerveau a pour conséquence une prévalence des troubles mentaux chez les femmes discriminées.
Discrimination raciale et risques de troubles psychotiques
Cet impact de la discrimination sur la santé mentale a également été observé chez les personnes victimes de discrimination raciale. Des scientifiques de l’University College London et du King’s College London ont relevé que les personnes ayant subi des discriminations raciales sont 77% plus susceptibles de présenter des symptômes psychotiques et ont près de deux fois plus de risques de vivre une expérience psychotique que celles qui n’en ont pas subi (Francis-Corley et al., 2025).
→ Retrouvez notre dernière publication sur la notion de charge raciale. Issue des travaux de la chercheuse Maboula Soumahoro, elle peut se définir comme “la pression psychologique et émotionnelle vécue par les personnes racisées en raison de leur exposition aux discriminations, violences et micro-agressions raciales”.
⚠️ Dans une logique intersectionnelle, les différentes formes de discrimination peuvent se combiner et s’aggraver. Par exemple, chez une femme racisée, ou bien un homme homosexuel en situation de handicap.
Prévenir et lutter contre les discriminations est donc un enjeu de santé particulièrement important. Notamment dans un contexte où la santé mentale a été reconduite comme Grande cause nationale pour l'année 2026.
La prise en charge de la santé mentale des personnes discriminées : une double peine ?
Et pourtant, la problématique de la discrimination ne s’arrête pas là. Si les personnes discriminées font face à des risques plus élevés en termes de santé mentale, la discrimination dans la prise en charge et le traitement de ces derniers est également un défi, créant ainsi un cercle vicieux. En effet, une expérience discriminatoire dans le système de soins peut détériorer la confiance et éloigner durablement les personnes des professionnels, y compris pour des besoins de santé mentale.
Une récente étude de Rivenbark & Ichou (2020) a pu relever qu’en France, certaines populations déclarent davantage avoir été moins bien traitées dans le système de santé, notamment les personnes immigrées, les personnes nées en outre-mer et les personnes originaires d’Afrique subsaharienne ou de Turquie. L’anticipation de la discrimination ou la crainte de ne pas être compris·e expliquerait environ un tiers de l’écart de non-recours aux soins, d’ordre de santé physique comme mentale, chez ces personnes.
En outre, la discrimination dans les soins ne se limite pas à l’accès à ces derniers, mais aussi à la qualité de ces derniers. Le repérage, le diagnostic, l’orientation ou le choix du traitement peuvent aussi être discriminatoires ou comporter des biais.
Par exemple, les femmes sont plus souvent sous-diagnostiquées, et donc moins accompagnées, pour des troubles neurodéveloppementaux ou psychotiques, en partie parce que les critères diagnostiques ont historiquement été calibrés sur des modèles masculins (Harnett, MacHale & Duffy, 2025).
A contrario, les patient·es noir·es (aux États-Unis et dans plusieurs pays occidentaux) reçoivent un diagnostic de schizophrénie environ 2 fois plus souvent que les patient·es blanc·hes pour des symptômes similaires (Valentine et al., 2026).
Ainsi, l’accompagnement de la santé mentale des personnes discriminées peut lui aussi se montrer discriminant.
Prévenir les discriminations : un levier majeur de santé au travail
Protéger la santé mentale en prévenant les discriminations est un ainsi un enjeu où nous pouvons tous et toutes jouer un rôle.
A l’échelle nationale, présenté le 6 juillet 2026 par la ministre Aurore Bergé, le Plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine (PRADO) 2026-2029 inclut des mesures pour mieux accompagner les victimes de discrimination. Il comprend notamment un objectif de lutte contre les discriminations dans l’accès aux soins et la prise en charge médicale, un enjeu majeur au vu des biais documentés dans le diagnostic et le traitement des troubles mentaux.
Les leviers d'action pour l'employeur : vers une stratégie de prévention RPS
Au sein des organisations de travail, la prévention des discriminations relève des obligations légales sur lesquelles l’employeur se doit d’agir à travers différents leviers :
- Mettre en place une politique claire et explicite sur la lutte contre les discriminations et une tolérance zéro face aux comportements inappropriés.
- Sensibiliser et de former les salarié·es et agent·es, notamment sur le sujet des biais inconscients, un des facteurs de la discrimination à un niveau individuel.
- Offrir des espaces d’écoute et d’accompagnement (référent·es dédié·es, ligne d’écoute psychologique, dispositif de signalement des comportements inappropriés) pour garantir un environnement de travail sain et sécurisé, pour tous et toutes.
L'importance d'un dispositif de soutien psychologique accessible
Depuis 2005, Telus Health accompagne les organisations pour agir en faveur du bien-vivre ensemble et promouvoir la santé de chacun et chacune au travail. Contactez-nous pour échanger sur vos besoins et construire ensemble la prochaine étape de votre démarche avec nos expert·es : [email protected]
Rédacteur : Riananja Andriamifidy




