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IA et santé mentale au travail, votre prochain burn-out sera-t-il prescrit par un algorithme ?

Publié: 29 octobre 2026

IA et santé mentale au travail : votre prochain burn‑out sera‑t‑il prescrit par un algorithme ?

L'IA générative est entrée dans le travail plus vite que les repères pour l'encadrer. Bien des technologies l'ont fait avant elle, et l'exemple de la voiture est souvent cité : quand elle est apparue, il n'existait ni code de la route ni permis de conduire. Il semble que nous soyons dans cette phase d'apprivoisement de l'outil.

Notre webinaire d'octobre défendait une thèse : l'IA n'est, par « essence », ni bonne ni mauvaise pour la santé mentale au travail. Ses effets ne se lisent pas dans l'outil : ils passent par le travail qu'elle reconfigure, qui nous amène à nous réadapter à de nouvelles conditions. Toute la question est de savoir de quelle nature sont ces nouvelles conditions de travail et comment cette réadaptation impacte la santé mentale.

IA et santé mentale : trois précautions avant de lire

•    Des résultats à prendre avec recul. Entre la conduite d'une étude et sa publication, les modèles d'IA continuent d'évoluer, sans invalider les résultats, il s'agit de les prendre avec un certain recul.

•    Des organisations aux niveaux de maturité très différents sur le sujet. Selon leur maturité et leur domaine d'activité, les organisations trouveront un intérêt plus ou moins fort aux différents éléments de cet article et du webinaire dont il est issu. Une organisation qui se demande s'il faut adopter l'IA et une autre qui développe une IA agentique n'y chercheront pas la même chose.

•    Un point de vue situé. Nous regardons l'IA depuis le travail, comme une technologie qui en modifie les conditions. Nous ne parlons donc pas de l'IA comme thérapeute ou compagnon, ni des usages hors travail, du droit ou des débats techniques et éthiques : ces sujets peuvent compter pour la santé directement ou indirectement, mais sortent de notre propos.

Ce que l'IA change dans le travail : six dimensions

Notre schéma place au centre la reconfiguration du travail, produite par six dimensions couplées. Ce découpage, en partie arbitraire, vise à rendre le sujet intelligible et pourra être remis en question. Il donne une image figée des nouvelles conditions de travail possibles. En bas, figure la résilience de l'organisation, qui permet de penser l'organisation en « fonctionnement », nous y reviendrons.

Source : support du webinaire TELUS Health, octobre 2026 (slide 7).

Les effets de l'IA sur la santé mentale sont indirects et multiples : ils transitent par des situations de travail inédites. Chaque dimension prise une à une peut donner lieu à des situations de travail impactant la santé positivement ou négativement. La combinaison des dimensions produit l'effet final (pour les lecteurs les plus théoriques : en termes systémiques, le couplage correspond à l'interdépendance des éléments du système).

Plutôt que de survoler les six dimensions, nous avons choisi d'en développer deux, à titre d'exemple : un focus nous a paru plus éclairant. Les quatre autres sont à découvrir dans le webinaire. Les conclusions qui suivent valent pour les six.

3. L'activité et la charge

Source : support du webinaire TELUS Health, octobre 2026 (slide 13).

L’usage de l’IA peut faire gagner du temps sur certaines tâches, mais peut aussi en générer de nouvelle comme le travail de vérification. Il peut aussi libérer du temps, ce temps va toujours quelque part et si ce temps n’est pas pris en compte par l’organisation, c’est le collaborateur qui tranche (plus de qualité, de volume, autres tâches, rien).

C’est là que se joue la santé mentale. Exemple du temps libéré, repris en volume, le gain densifie la journée : le conseiller client, délesté des demandes simples qui lui offraient des respirations permettant de se ressourcer avant de poursuivre sur des dossiers plus difficiles, enchaîne désormais les appels tendus et dossiers complexes. Sans repères, la vérification pèse aussi : tout relire épuise, ne rien relire fait vivre avec la crainte de l’erreur. En résumé, la charge de travail peut aussi augmenter dans la réalité du travail, ce décalage, s’il n’est pas reconnu, peut user jusqu’à l’épuisement.

A l’inverse, le temps libéré réinvesti dans le travail, peut au contraire redonner des marges de manœuvre : le médecin déchargé de ses comptes rendus retrouve du temps pour ses patients. Pour la vérification si l’on sait quoi vérifier et qu’on en a le temps, la vérification devient un geste de métier plutôt qu’une inquiétude. Le travail bien fait reprend sa place, ce qui protège la santé. Configuration possible seulement à partir du moment où l’IA est considérée comme licite dans l’entreprise et appréhendé comme un projet de travail (point suivant).

5. L'organisation et la gouvernance

Source : support du webinaire TELUS Health, octobre 2026 (slide 17).

Qui décide de l’usage du temps gagné ? Souvent, personne pour le moment. Autoriser l'outil est une décision, dire ce qu'on en fait en est une autre. L'IA entre par trois portes, qui peuvent coexister : un usage informel, à l'initiative des salariés ; une mise à disposition, du type « vous avez une IA, servez-vous-en » ; un projet de travail, où l'on regarde l'activité, les métiers, décide, puis ajuste (révision de sa GEPP).

Sur le volet santé mentale, ce silence peut avoir un coût. Exemple : chacun se demande seul s’il peut confier tel courrier à l’outil, s’il doit le dire, et porte seul ses erreurs (ou ses réussites). L’usage se cache aussi : l’IA touchant à l’identité professionnelle, on craint de passer pour moins compétent, on n’ose plus demander conseil, et l’entraide recule (dimension 1). Quand un collègue rend ses dossiers deux fois plus vite sans dire comment, c’est le niveau attendu de toute l’équipe qui grimpe, et possiblement une pression implicite avec lui.

À l’inverse, quand l’IA entre comme un projet de travail ou une stratégie d’entreprise via la GEPP, décidé en regardant l’activité avec ceux qui la font : c’est-à-dire le devenir des métiers, des emplois, des compétences, des processus et possiblement de l’organisation du travail… In-fine l’incertitude se partage, les collaborateurs sont susceptibles de retrouver une prise sur leur travail et davantage de sens, sans dire pour autant dire que toutes les questions auront une réponse au moment voulu. Des usages liés à l’IA devenus licites dans l’organisation, il peut se discuter : les erreurs deviennent l’affaire du collectif, les critères du « travail bien fait » peuvent avoir de nouvelle norme et les collaborateurs savent mieux sur quoi ils seront jugés, voire évalués pour certains de leurs objectifs annuels et ce qui peut en découler.

Santé mentale au travail : une photographie singulière

Chaque organisation peut, en fonction d'où elle se situe, placer un curseur sur chacune des six dimensions. L'ensemble compose une photographie de l'organisation, soit une configuration de travail déjà plus ou moins favorable au développement de la santé mentale.

Résilience organisationnelle : penser l'organisation en mouvement

Source : support du webinaire TELUS Health, octobre 2026 (slide 22).

La photographie de l'organisation fige, le travail, lui, ne se met jamais sur pause : c'est un flux continu d'actions, d’interactions, de décisions, de problèmes à résoudre et d'imprévus à absorber. La santé se joue dans la manière dont ces situations sont gérées : ce sont les configurations de travail générant des tensions et difficultés, individuelles ou collectives, qui perdurent, qui constituent un stress chronique délétère pour la santé.

Pour penser cette dynamique, nous mobilisons le concept de résilience organisationnelle : la capacité d'une organisation à ajuster son fonctionnement avant, pendant et après des perturbations. Le concept mériterait un article entier. Cette capacité se construit dans l'histoire de l'organisation, d'une panne d'outil à la crise de la Covid-19, et mobilise toute son épaisseur, du terrain à la direction. L'IA ne la crée pas : elle exacerbe ces capacités, comme un effet loupe.

L'essentiel

Au-delà des conditions de départ, c'est surtout la capacité d'adaptation de l'organisation qui rendra les nouvelles conditions de travail favorables ou non à la santé. La photographie dit d'où l'on part ; la résilience, où l'on arrive.

IA et santé mentale au travail : les questions pour progresser

Les organisations ne partant pas du même point, voici de quoi situer la vôtre et repérer sa prochaine marche.

  1. Peut-on parler de l'IA chez vous ? Sinon, lever le tabou.
  2. Sait-on qui l'utilise, et pour quoi faire ? Sinon, rendre les usages visibles.
  3. Parle-t-on de ce qu'elle change dans le travail, avec ceux qui le font ? Sinon, ouvrir des espaces de discussion sur le travail.
  4. Anticipe-t-on l'évolution des métiers avec les personnes concernées ? Sinon, anticiper avec les métiers, notamment dans la GEPP.

La première marche repose surtout sur la direction ; la dernière engage tous les niveaux.

Source : support du webinaire TELUS Health, octobre 2026 (slide 36).

Conseil

Votre prochaine marche est la première question à laquelle vous répondez non. Chaque marche franchie rend l'incertitude moins solitaire.

Point de vigilance

Traiter l'inquiétude sans traiter le travail, c'est individualiser le sujet. Accompagner les personnes est nécessaire, mais ne suffit pas à prévenir les risques psychosociaux.

Votre prochain burn‑out sera‑t‑il prescrit par un algorithme ?

Notre webinaire posait la question et y répondait en conclusion : pour découvrir notre réponse, revoyez-le en replay. Et pour en parler, contactez-nous.

Rédacteur : Benoit Bournaix, consultant senior manager chez TELUS Health

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